Amélie Pironneau

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Texte Amélie Pironneau dans le cadre de l’exposition PLI à la galerie Vincenz Sala, Mai 2013

Tracés à l’encre noire, des mots et des lignes se partagent le blanc de la feuille de papier composant un univers de signes intime et fragile. « Tout », « Rien », « Ici », Là-bas », « corps » sont les mots récurrents dans les dessins de Natalia Jaime-Cortez, dispersés sans ordre sur la surface du support que traversent quelques traits verticaux et obliques, tantôt isolés, tantôt superposés, par un geste que l’on devine répétitif, dans un processus envisagé comme épreuve du temps. Un geste qui, même réduit au minimum, même suspendu  –à l’instar de ce dessin où des lignes formant une sorte de tissage recouvrent partiellement la surface-  implique le corps.

Comment inscrire le vide ? La pratique du dessin est liée, dans le travail de cette jeune artiste, à l’expérimentation sensible de l’existence du vide, de l’ineffable : « La terre se vide, l’âme se vide, silence » dit-elle.

Les dessins constituent les traces de cette expérience. Ils manifestent une sorte de dessaisissement face au réel tout en se faisant captation du temps.

Le geste, dans cette pratique s’inscrit en effet dans l’instant. C’est un geste spontané, instinctif, sur lequel l’artiste ne revient pas, ce qui confère aux dessins cette charge émotionnelle particulière.

Aucune méthode, aucune règle, aucun procédé formel n’entrent dans la réalisation des dessins de Natalia Jaime-Cortez qui réduit volontairement l’expérience esthétique à un presque rien afin de transmettre au spectateur la sensation du vide. « Mes traits ne construisent rien. Ils vident encore plus la feuille » dit l’artiste.

Cependant la ligne, dans sa dynamique opère en tant que résistance au vide. Elle se tend, donne une impulsion, insuffle vitalité au geste artistique qui se déploie ainsi d’une autre manière. Il n’est pas surprenant que Natalia Jaime-Cortez fasse référence au concept deleuzien de Pli qui fait appel à l’espace, au mouvement de pli, de dépli et de repli et à l’idée d’infini que celui-ci engendre. Le pli permet de penser l’œuvre en devenir, d’ouvrir d’autres champs qui mobilisent le corps.

C’est ainsi que le dessin, la performance, la sculpture, la danse se combinent et se complètent dans le travail de l’artiste. Ces modes d’expression, nourris d’émotion, pétris de mémoire sont liés à cette expérience sensible de l’espace à laquelle invite le concept de pli.

« L’image déborde ou est ailleurs » souligne Natalia Jaime-Cortez. L’image affleure dans les dessins puis revêt d’autres formes, mouvantes, afin d’explorer le réel qui se dérobe dont elle restitue les traces éphémères.

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Traced in black ink, words and lines share the blank space of the sheet of paper, creating a world of frail, intimate signs. “Tout” (Everything), “Rien” (Nothing), “Ici” (Here), “Là-bas” (There), “corps” (bodies) are the recurrent words that appear in the drawings of Natalia Jaime-Cortez. Words scattered randomly on the surface of the medium, criss-crossed by a few vertical and diagonal lines, at times isolated, at times superimposed, drawn with a gesture that we interpret as repetitive, in a process that withstands the test of time. This gesture, even in its most minimalistic expression, even when interrupted – as in the drawing where interwoven lines partially cover the surface – involves the body.

How does one depict empty space? This young artist’s drawing practice is related to a conscious experimentation with the existence of emptiness, of the ineffable. In her words: “The earth empties itself, the soul empties itself, quiet”.

Her drawings provide us with traces of this experimentation. They express a certain relinquishment in the face of reality, all the while capturing time. Manifested in this way, the artist’s gesture makes its effect at once. It is spontaneous, instinctive; there is no coming back; it confers a specific emotional charge onto the drawings.

There is no particular method, rule or formal process that comes into play in the drawings of Natalia Jaime-Cortez, who voluntarily reduces the aesthetic experience to a virtual nothingness so as to convey to the viewer the feeling of the void. As she says: “My lines do not build anything. They empty the sheet of paper even further”.

That being said, in its momentum, the line is a way to resist the void. It is drawn tight, it gives an impulse, and breathes new life into the artwork which thus unfolds in a different way.

It is no surprise that Natalia Jaime-Cortez refers to the Deleuzian concept of the Fold which calls upon space; a movement of folding, unfolding, refolding and the idea of infinity that it engenders.

This concept of the fold is a means to think about the work in progress, to open new pathways involving the body. This is how drawing, performance, sculpture and dance combine and compliment one another in the artist’s work.

These means of expression, fuelled by emotion, moulded by memory are related to this sensitive experience of space induced by the concept of the fold.

“The image goes beyond the limits or is elsewhere,” emphasizes Natalia Jaime-Cortez. Images are just beneath the surface of her drawings and then take other forms – shifting ones – in order to explore a reality that is slipping away, the fleeting remnants of which she is trying to retrace.

 

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