2016- L’art dans les Chapelles

L’art dans les Chapelles – 25éme édition- Chapelle Sainte-Tréphine à Pontivy

1-Natalia Jaime-Cortez artchapelles2016 photo Laurent Grivet

Mékong, poudre de marbre et pigment blanc sur papier, trempé dans le delta du Mékong, 414x 280, 2016- Natalia Jaime-Cortez – photo Laurent Grivet

3-Natalia Jaime-Cortez artchapelles2016 photo Laurent Grivet

Mékong– détail- poudre de marbre et pigment blanc sur papier, trempé dans le delta du Mékong, 414x 280, 2016- Natalia Jaime-Cortez – photo Laurent Grivet

2-Natalia Jaime-Cortez artchapelles2016 photo Laurent Grivet

C’est le fleuve, vidéo projetée 8′, Natalia Jaime-Cortez, 2016, photo Laurent Grivet

Cest le fleuve, Natalia Jaime-Cortez

 

Texte pour le catalogue de l’art dans les Chapelles.

24 mars 2016 – Découverte de la chapelle.

Rapidement, alors que je circule dans cet espace consacré, j’oublie que je me trouve dans une chapelle. Mon attention se pose sur ce qui est là; deux petits tabourets, la lumière qui danse sur les murs blancs chaulés et le sol irrégulier d’un gris intense.
Je sens qu’il faut que je m’échappe, que je fasse un virage à 180° pour appréhender ce lieu de patrimoine de façon juste, à l’endroit de ma pratique. Je souhaite y déposer quelque chose qui contienne cette même étrangeté que je décèle pendant ces quelques heures passées à découvrir le lieu; une présence forte et une absence totale. Que le travail se réduise de moi pour être comme un acte simple, offert.

Alors je reviens aux gestes: assembler des feuilles de papier, balayer du pigment sur toute la surface, plier le grand format, tremper dans l’eau.

1er mai 2016- Vol pour Saïgon. Viet Nam.

Dans ma valise j’emporte un papier plié, un bloc compact de 18x18x11cm. Ouvert il mesure 280×414 cm. J’y ai préalablement balayé du pigment blanc et de la poudre de marbre. En le pliant il a recueilli la poussière de l’atelier que j’ai semée pendant un mois alors que je préparais autre chose pour la chapelle. Je le trempe dans six différents lieux du Delta du Mékong. Le papier boit l’eau boueuse du fleuve, des canaux, des rives. Il sèche au soleil, sous les ventilateurs, s’imbibe de la moiteur de l’air. Il s’use, se fragilise, se salit un peu, se délave beaucoup. Je filme chacune des immersions dans l’eau. Les images racontent le lieu, cet ailleurs humide, l’écrasante chaleur de ce pays d’eau, plat, et vert. Ce pays avec lequel je n’ai aucun lien.

L’eau représente l’ultime paramètre avec lequel jouer dans le processus de mes pliages.

Mais que reste-t-il ?

25 mai 2016

Je déplie délicatement à Sainte Tréphine mon précieux paquet du Mékong. Je découvre une grande surface blanche, fragile et mate. Elle flotte maintenant dans la chapelle libre et dansante. Traversée par la lumière elle semble absorber l’espace telle une surface de projection, elle est chargée. L’ailleurs tropical est venu visiter la discrète Sainte Tréphine. Le virage est accompli.

A l’endroit de ce qui reste, le papier dit le geste, porte la mémoire.

Pour le vernissage mes trois performances de la couleur auront lieu. Les objets de plâtre et de papier que je dépose en ce jour seront transformés par ma présence et mes manipulations. Encore une fois c’est l’expérience même, vécue, avec ceux qui seront présents, qui est au coeur de l’acte de création.

Natalia Jaime-Cortez